« Viasna » : six mois sans son directeur Ales Bialiatski

Voilà six mois que le Centre de défense des droits de l’homme « Viasna » travaille en l’absence de son directeur Ales Bialiatski, arrêté le 4 août 2011 et condamné le 24 novembre à quatre ans et demi de colonie à régime sévère et à la confiscation de ses biens, prétendument pour évasion fiscale.
La mise sous les verrous du président de l’organisation de défense des droits de l’homme, l’enquête, les interrogatoires en tant que témoins des militants de l’organisation et, finalement, le procès, ont indéniablement constitué des sources de stress et d’inquiétude pour les activistes du Centre. Mais ces problèmes n’ont pas eu d’effet significatif sur les activités de « Viasna », car les membres de l’organisation ont su ne pas sombrer dans la confusion et ont continué le travail avec dignité.
Comment « Viasna » fonctionne-t-il aujourd’hui, en l’absence de son éternel dirigeant et inspirateur Ales Bialiatski ? Quels sont les pensées et les espoirs des « Viasniens » ? Des membres du Centre de défense des droits de l’homme répondent aujourd’hui à ces questions.

Valentin Stefanovitch, directeur adjoint du Centre de défense des droits de l’homme « Viasna »
- Il y a eu certains changements dans nos activités sur cette période, mais tout n’a pas été bouleversé. Viasna continue de travailler activement au niveau international avec diverses structures de l’ONU (le Comité des droits de l’homme, le Comité contre la torture), de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, ainsi qu’avec des organisations de défense des droits de l’homme qui sont nos partenaires. Ce qui a changé, c’est qu’aux questions que nous sommes habitués à traiter s’est ajoutée celle du destin d’Ales Bialiatski. Nous avons consacré énormément de temps et de forces à cette question. Nous avons eu plusieurs rencontres très sérieuses à des niveaux variés. Par exemple, lors de notre dernière rencontre avec le Commissaire européen Füle, nous avons discuté pendant quarante minutes de la situation au Bélarus en général et de celle d’Ales Bialiatski en particulier.

Je considère que l’intensité de notre travail ne s’est nullement affaiblie, mais un nouvel élément s’y est ajouté : l’affaire Ales Bialiatski. Mais, bien entendu, chaque fois qu’il est question de cette affaire, nous en profitons pour parler également du douloureux problème des prisonniers politiques au Bélarus en général.

Tatiana Reviako, membre du Conseil du Centre de défense des droits de l’homme « Viasna« 
- Pour moi, il est très important que, après l’arrestation d’Ales Bialiatski, Viasna ait pu continuer à travailler avec la totalité de ses effectifs : aucun des « Viasnoviens » n’a quitté l’organisation et n’a mis fin à ses activités de défense des droits de l’homme. Cela vaut pour tous nos types d’activités et pour toutes les régions où nous sommes présents. Je pense que c’est exactement ce qu’Ales avait en tête quand au procès il a lancé « Que vive Viasna ! » et a entendu en retour « Viasna vivra ! » L’arrestation d’Ales a encore plus soudé les « Viasnoviens » et démontré une fois de plus que Viasna est une organisation regroupant des personnes unies par un même idéal, qui se sont engagés dans le domaine des droits de l’homme en comprenant parfaitement les menaces et les défis propres à la période actuelle. Je suis extrêmement fière de mes collègues et d’appartenir à cette communauté.

Pour moi, personnellement, l’arrestation d’Ales a été un coup très dur, mais je m’y attendais. En ce moment, nous sommes séparés par de lourdes grilles et par des murs de prison, mais nous restons collègues et amis. Nous ne pouvons communiquer que par écrit. Bien sûr, il est difficile de vivre et travailler sans Ales. Je m’inquiète pour lui, notamment pour sa santé, mais dans le même temps j’admire son courage et sa détermination.

Elena Laptenok, activiste du Centre de défense des droits de l’homme « Viasna »
Pour ce qui concerne mon état émotionnel, j’ai du mal à exprimer ce que je ressens. Je dois avouer que jusqu’au bout, je n’ai pas cru à la possibilité qu’Ales soit longtemps détenu, ni qu’il puisse être condamné à une peine aussi sévère. Et cela, non pas parce que je crois à la justice ou parce que je sous-estimais nos autorités ; tout simplement, il était plus facile pour moi de ne pas penser à ce qui pouvait arriver de mal, à ne pas l’anticiper. D’autant plus que Viasna avait fonctionné des années durant sans être enregistrée, et semblait survivre à tous les dangers : elle ne cessait de se renforcer et d’accroître sa réputation au niveau international. Même quand, par le passé, j’interviewais moi-même Ales et je lui posais des questions comme « Ne redoutez-vous pas d’être persécuté par le pouvoir ? », je savais qu’il répondrait quelque chose du type « J’ai fait mon choix et je suis prêt à en payer le prix. », même si cela pouvait sembler un peu pompeux.
Aujourd’hui, de la même façon, ma raison refuse d’intégrer les événements des six derniers mois, d’autant que, si l’on met de côté l’absence de notre directeur, rien n’a changé : nos amis sont toujours là et nous faisons le même travail. C’est comme si Ales était seulement en déplacement à l’étranger et qu’il allait bien revenir ; d’ailleurs, les lettres qu’il écrit depuis sa prison sont empreintes d’optimisme et de souvenirs intéressants sur le passé récent. Quand je découvre un nouveau courrier de sa part, je me sens immédiatement ragaillardie : je lis la lettre, j’y réponds, c’est un peu comme si nous avions discuté…

Anastasia Loïko, activiste du Centre de défense des droits de l’homme « Viasna »
- Après l’interpellation et l’incarcération d’Ales Bialiatski, nos services d’accueil du public ont eu énormément du travail. Conformément à ses instructions, nous nous sommes mis à travailler encore plus intensément, avec encore plus de dynamisme, en dépit de notre abattement et de l’accroissement des menaces extérieures.

Nous comprenons également que puisque la condamnation prononcée à l’égard du directeur de Viasna comporte la confiscation de ses bien, il existe un risque que nous perdions dans l’avenir notre bureau à Minsk, mais cela ne se produira pas dans l’immédiat. Pour l’heure, nous travaillons toujours dans notre ancien local, et même en cas de confiscation, nous avons des « solutions de repli », et nous continuerons à fournir une assistance juridique et à accueillir et conseiller les gens qui s’adresseront à nous.

Articles similaires

Mots clés:  

Laisser une réponse

Vous pouvez utilisez ces balises HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>