Karim Lahidji, président de la FIDH : le principe de non-ingérence est la feuille de vigne de l’inaction

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L’avocat iranien Karim Lahidji a pris la tête de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) en mai dernier. En Iran, il a défendu de nombreux prisonniers politiques, ce qui lui a valu de subir des arrestations et des agressions. Son bureau a été visé par une tentative d’attentat à la bombe. Quand il est devenu évident que les autorités iraniennes étaient prêtes à aller jusqu’à faire assassiner cet avocat gênant, il a quitté le pays, mais a continué de lutter pour son peuple. Cependant, Karim Lahidji veut aussi apporter son aide à d’autres pays, en particulier le Bélarus.

Le président de la Fédération internationale  des droits de l’homme a répondu aux questions de la rédactrice en chef du site charter97.org Natalia Radina.

- M. Lahidji, c’est la première fois que la Fédération internationale des droits de l’homme est dirigée par un ressortissant iranien. Vous avez une expérience personnelle du fonctionnement et de la nature des dictatures. En quoi votre expérience va-t-il influencer le travail de l’organisation ?

- En tant qu’avocat et défenseur des droits de l’homme en Iran, j’ai eu à m’opposer à deux régimes autoritaires (d’abord au gouvernement du chah, puis à celui de la République islamique). Je me suis toujours battu pour faire en sorte que le pays ne soit pas dirigé de façon arbitraire, mais dans le respect des libertés fondamentales et des droits de l’homme.

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) est, comme son nom l’indique, une fédération qui regroupe à l’heure actuelle 178 organisations du monde entier. Nos organisations membres continuent ce même combat aux quatre coins de la planète : chacune agit de son côté et, en même temps, nous travaillons tous de concert.

Mon expérience personnelle (une expérience à maints égards dramatique) m’a encore plus convaincu de la nécessité de notre combat, et j’espère que je pourrai contribuer à notre cause commune avec toute l’énergie et la passion qui m’anime.

Quand on compare la situation des droits de l’homme qui prévaut dans divers pays du monde, on constate que toutes les dictatures ont de nombreux points communs ; ce qui les distingue, c’est seulement le degré d’impunité et de cynisme des dirigeants. Or cette impunité est souvent liée à des facteurs économiques, et c’est en utilisant ces leviers qu’il est possible de faire pression sur les régimes dictatoriaux.

- Votre première déclaration en tant que président de la Fédération était adressée aux défenseurs des droits de l’homme du monde entier qui se trouvent actuellement en prison. Au Bélarus, votre collègue Ales Bialiatski, vice-président de la FIDH, est derrière les barreaux depuis deux ans. De votre point de vue, qu’est-il possible de faire pour obtenir sa libération ?

- À notre immense regret (j’en ai parlé lors du premier discours que j’ai prononcé après mon élection à la présidence de la FIDH), plus de vingt activistes de nos organisations membres sont actuellement sous les verrous à cause de leurs activités de défense des droits de l’homme. Deux d’entre eux sont membres de notre bureau international, qui est l’organe principal de la Fédération. Il s’agit, d’une part, d’Ales Bialiatski, qui vous connaissez bien et qui a été réélu au poste de vice-président de la FIDH lors de notre congrès d’Istanbul en mai 2013 ; d’autre part, de Nabil Rajab, enfermé à la prison dite des « Mâchoires » à Bahreïn. Je veux profiter de cette occasion pour exprimer ma gratitude à nos collègues bélarusses pour les actions de solidarité avec Nabil qu’ils ont organisées dans leur pays, à Minsk mais aussi à Novopolotsk. Nabil a pu recevoir des photos de ces actions, et de nombreuses autres manifestations en sa faveur. Il a été très touché de voir que, alors qu’ils se trouvent eux-mêmes dans une situation très difficile, les défenseurs bélarusses des droits de l’homme ont tout de même tenu à afficher leur solidarité envers des collègues de pays lointains.

Le fait qu’Ales Bialiatski et Nabil Rajab, malgré leur emprisonnement et les persécutions dont ils font l’objet, ont de nouveau été élus au bureau international de la Fédération illustre notre solidarité à leur égard. Nous n’abandonnerons jamais nos efforts, et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour hâter leur libération, ainsi que celle de tous nos autres collègues et de toutes les victimes de l’arbitraire dans le monde.

Je souhaite, en particulier, obtenir une pression diplomatique plus efficace sur le régime bélarusse de la part des instances internationales auxquelles le Bélarus appartient et auprès desquelles notre Fédération dispose d’un statut consultatif. L’Union européenne, de même que d’autres grandes organisations et pays influents doivent également se montrer fermes et conséquents dans leurs exigences.

Les violations grossières et systématiques des droits de l’homme au Bélarus sont le fait du régime en place et d’individus concrets. Leur responsabilité individuelle ne saurait être oubliée.

J’ai dit il y a quelques instants que toutes les dictatures se ressemblaient, et qu’elles se distinguaient surtout par le degré de cynisme et, disons, de criminalité mafieuse de leurs gouvernements. L’un des indicateurs permettant de mesurer ce cynisme, c’est leur degré d’indifférence vis-à-vis de la façon dont on elles sont considérées sur la scène internationale, le degré d’intérêt qu’elles portent à leur réputation, ce qu’elles perçoivent comme honteux ou honorable.

Certains dirigeants n’aiment pas être présentés comme des dictateurs sans foi ni loi ; d’autres, au contraire, y voient un motif de réjouissance. Je pense que lorsqu’elle adopte des sanctions et d’autres mesures diplomatiques ou économiques, la communauté internationale doit toujours tenir compte des spécificités des responsables politiques auxquels elle a affaire.

- Vous avez été avocat à Téhéran, où vous avez défendu des détenus politiques. Au Bélarus, les avocats défendant des prisonniers de conscience font eux-mêmes l’objet de persécutions : ils perdent leur travail et leur licence professionnelle. Quel conseil adressez-vous à vos collègues qui se retrouvent dans ce type de situation. Comment faire pour ne pas se trahir soi-même et continuer d’apporter son assistance aux prisonniers politiques ?

- Les avocats qui servent leur vocation avec abnégation paient au prix fort leur dévouement à la justice. Dans de nombreux pays du monde, ils sont arrêtés, poursuivis, condamnés à des années de prison. Mes collègues et amis Nasrin Sotoudeh et Abdolfattah Soltani, tous deux avocats iraniens, ont purgé ou purgent encore des longues peines de prison en Iran. J’ai moi-même été dans leur situation : mes activités ont abouti à mon exil forcé.

Au Bélarus aussi, les avocats font l’objet de répressions. Comme vous venez de le dire, ils se voient confisquer leur licence professionnelle quand ils osent assurer la défense des prisonniers politiques. Nous pensons à chacun d’entre eux, et nous nous efforçons d’aider toutes ces personnes si courageuses. Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec le Rapporteur spécial de l’ONU sur l’indépendance des juges et des avocats. Car il est crucial non seulement de mettre fin à ces répressions ciblées dans les pays où elles sont pratiquées, mais aussi d’obtenir que les avocats « déchus » puissent reprendre leurs activités, lesquelles sont très importantes et absolument légitimes.

- Vous avez été forcé à quitter l’Iran en 1982 à cause des répressions politiques déclenchées contre vous. Regrettez-vous d’avoir pris cette décision ?

- J’ai travaillé en tant qu’avocat en Iran pendant vingt ans. Il est vrai que j’ai subi de grandes pressions : j’ai été arrêté, physiquement agressé, une bombe a même été déposée dans mon bureau… Malgré tout cela, je n’avais jamais envisagé un départ, même forcé.  Mais les circonstances ont fait qu’en 1981-1982 la situation a encore empiré et mon mandat d’arrestation a été signé.

Un homme proche du gouvernement, disposant d’informations que je savais crédibles, m’a faire discrètement savoir que non seulement mon arrestation avait été décidée mais que, en plus, ma vie était en danger. J’ai quitté l’Iran en mars 1982 et je ne suis arrivé en France qu’un mois plus tard.

Bien sûr, une fois ici, je n’ai pas abandonné mes activités. Les dix premières années ont été très difficiles. Mais, ensuite, la situation en Iran a légèrement évolué : au début des années 1990, mes amis vivant en Iran et la société civile iranienne dans son ensemble ont eu de nouveau la possibilité de s’organiser, des groupes de défense des droits de l’homme ont été recrées, des associations de femmes, d’étudiants ou de journalistes se sont remises à fonctionner. Je me suis alors activement impliqué dans leur travail. Malheureusement, cette période n’a pas duré longtemps. Après l’élection présidentielle de 2009, les organisations non gouvernementales ont été fermées, les activistes arrêtés et condamnés à de longues peines de prison ou forcés à l’exil.

Évidemment, il est difficile de travailler pour le bien de son pays lorsqu’on se trouve en exil. Mais quand on n’a pas le choix, il faut le faire. C’est même indispensable. Bon nombre de mes collègues iraniens se sont retrouvés dans la même situation que moi. Nous nous sommes réunis en deux organisations de défense des droits de l’homme travaillant en exil. Comprenez bien que ce n’est pas par décision personnelle que nous nous sommes retrouvés à l’étranger. Même si nous sommes en exil, nous poursuivons notre travail et faisons tout notre possible.

- L’année dernière, j’ai rencontré Souhayr Belhassen à Paris. Elle est tunisienne, mais elle comprend très bien la situation au Bélarus et souhaite de toute son âme que notre pays connaisse des changements positifs. Peut-on dire que la carte de visite de la FIDH, c’est l’honnêteté et la sensibilité ?

- Le plus important, dans notre combat, c’est l’universalité des droits de l’homme. Ces droits sont indispensables pour tous les pays du monde. Je partage cette certitude (si vous voulez, cette passion) avec Mme Belhassen, qui m’a précédé à la présidence de la Fédération.

Le mot qui correspond le mieux à notre destin commun, celui de défenseur des droits de l’homme, c’est sans doute le mot « vocation ». Vous savez que Souhayr Belhassen n’a pas eu la partie facile à son retour en Tunisie après la fin de son mandat à la tête de la Fédération. J’ai moi aussi connu des périodes très difficiles. Ales Bialiatski traverse actuellement une dure épreuve. Nous avons tous la même vocation et les mêmes buts dans la vie.

- L’arrivée au pouvoir en Iran du nouveau président Hassan Rohani suscite-t-elle un espoir particulier chez vous ?

- Vous savez, la constitution iranienne confère au président un rôle somme toute subalterne. Le guide suprême possède des prérogatives nettement plus étendues et une influence largement supérieure sur le pouvoir exécutif. Et cette fonction-là est attribuée à vie…

Il est vrai que la campagne présidentielle de Rohani a envoyé quelques signaux que notre peuple et la communauté internationale ont accueillis avec espoir. Il semblait que des changements politiques allaient se produire, peut-être même que les prisonniers politiques seraient libérés.

Mais le rapport de forces dans le pays, du point de vue législatif comme du point de vue pratique, est extrêmement compliqué et ne laisse pas une grande marge de manœuvre au président : l’Iran a déjà rencontré ce problème par le passé. C’est pourquoi je ne suis pas très optimiste : même si Rohani souhaite réellement améliorer les libertés des citoyens, son pouvoir est limité. Le guide suprême continue de s’opposer brutalement et sans équivoque à tout ce qui pourrait relever d’une éventuelle libéralisation politique.

- Pourquoi Rohani a-t-il entamé son mandat par des menaces monstrueuses envers Israël, qui ont suscité le scandale ?

- Sans le défendre le moins du monde, je vous rappelle seulement qu’après le choc provoqué par les propos auxquels vous faites référence, il s’est révélé que les médias ayant rapporté les déclarations de Rohani les avaient significativement déformés ; il avait employé de termes un peu différents, et par la suite cette information a été rectifiée.

Quoi qu’il en soit, notre Fédération et moi-même condamnons avec la plus grande fermeté toute manifestation d’intolérance, quel qu’en soit l’auteur et a fortiori s’il s’agit d’un chef d’État. Concernant le conflit israélo-palestinien, nous avons exprimé notre position à de multiples reprises. Nous exigeons que les deux parties reconnaissent les normes et les résolutions de l’ONU, et le droit international en règle générale.

- Vous êtes un homme sage, qui a traversé de nombreuses épreuves au cours de son existence. Et, bien sûr, vous connaissez bien votre pays. De votre point de vue, qu’est-ce que l’Occident doit absolument faire pour que la démocratie s’instaure enfin en Iran ?

- Une chose est absolument indiscutable : c’est avant tout le peuple iranien lui-même qui doit poursuivre le combat pour sa propre liberté et pour la démocratie. Quant à la communauté internationale et, notamment, les pays occidentaux, nous leur demandons de se montrer solidaires avec le rude combat que nous menons et de nous aider en exerçant des pressions diplomatiques. C’est indispensable pour faire baisser l’intensité des répressions visant la société civile qui s’efforce de s’opposer à la dictature. C’est pour cette raison que nous appelons à prêter une attention toute particulière au sort des avocats, des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes : aussi longtemps qu’ils travailleront tous dans la peur les persécutions, le peuple ne pourra pas « déployer ses ailes ». Ils sont les garants de l’activité de la société.

Bien sûr, il existe des caractéristiques communes entre l’Iran et le Bélarus, notamment du point de vue de leur coopération avec la communauté internationale. C’est précisément pour cela que je souhaite que la communauté internationale agisse fermement envers ses deux régimes, qu’elle ne transige jamais sur ses principes. C’est ce qui offrira aux peuples la possibilité de décider plus librement de leur voie.

- En Occident, il est aujourd’hui commun de dire que le changement dans les pays dictatoriaux dépend exclusivement des peuples, et que la pression internationale sur les dictatures relèverait de l’« ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain ». Ne croyez-vous pas que, en se conduisant de cette façon, les dirigeants occidentaux abandonnent des peuples opprimés à leur triste sort ?

- Les droits de l’homme sont universels. C’est pourquoi l’argument de la nécessaire non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays donné n’est rien d’autre que la feuille de vigne de l’inaction de la communauté internationale.

Après la Conférence mondiale sur les droits de l’homme tenue en 1993 à Vienne, qui a donné naissance au Haut commissariat aux droits de l’homme, la communauté internationale a élaboré un plan global visant à renforcer les activités de défense des droits de l’homme dans le monde entier. 7 000 participants, parmi lesquels des gouvernements, des organes conventionnels, des institutions nationales et des représentants d’organisations non gouvernementales, ont alors élaboré de nouveaux principes dont le principal est l’universalité des droits de l’homme et la nécessite absolue de leur respect.

C’est notre devoir commun. Aucune situation tragique ne doit rester sans réponse et sans une manifestation de solidarité internationale avec les personnes dont les droits sont enfreints.

- Chacun sait que les dictatures bélarusses et iranienne entretiennent des liens très étroits. Il est notamment de notoriété publique que Loukachenko a fourni à des armes l’Iran en contournant les sanctions internationales. Pourquoi le monde ne réagit-il pas de la façon qui s’impose ?

- Malheureusement, l’Iran comme le Bélarus ont, chacun de leur côté, noué avec d’autres pays un certain nombre d’autres coopérations similaires. Les alliances stratégiques géopolitiques viennent souvent supplanter le droit, y compris le droit international. Mais même quand cela semble être la norme, il ne faut pas s’en accommoder. Les pays démocratiques permettent au moins de critiquer ouvertement de telles pratiques — une liberté que nous utilisons largement. Et cela a son importance. Hélas, nos possibilités sont tout autres dans des pays comme l’Iran et le Bélarus.

Cette problématique concerne aussi la Russie. D’autant plus que cette grande puissance exerce une grande influence sur de nombreux pays. Même le dossier syrien dépend aujourd’hui largement des décisions prises en Russie et en Chine. Nous avons récemment dénoncé l’utilisation scandaleuse du droit de veto au Conseil de sécurité sur des questions relatives à des crimes contre l’humanité. Cette question sera largement débattue lors du prochain Conseil des droits de l’homme, une instance au sein de laquelle des pays « qui partagent une vision similaire » (c’est une formule qu’ils ont forgée eux-mêmes et qui est devenue officielle à l’ONU) — la Russie, la Chine, Cuba, l’Ouzbékistan, l’Iran, la Corée du Nord — font front commun pour limiter autant qu’ils le peuvent l’influence des pays démocratiques et les tentatives de la société civile de peser sur la situation…

En tant que défenseurs des droits de l’homme, nous pouvons amasser des documents prouvant les violations des droits humains, rendre ces violations publiques et appeler au châtiment des responsables — et cela, par tous les moyens qui nous sont accessibles.

- Vous connaissez bien Ales Bialiatski. Qu’aimeriez-vous lui dire, ainsi qu’aux autres détenus politiques bélarusses qui demeurent en prison à ce jour ?

- Je ne serai pas très original : je leur souhaite du courage, des forces et de l’espoir. J’ai moi-même été emprisonné, je sais comment le psychisme humain réagit à la privation de liberté, sans même parler des épreuves physiques. Je souffre beaucoup pour Ales. Je le connais personnellement depuis très longtemps et je lui voue un respect infini.

Je pense aussi à sa famille, et aux familles de tous les prisonniers politiques de votre pays et d’ailleurs. Je sais d’expérience ce que ressentent ces gens et leurs proches, je sais ce qu’est la calomnie, la diffamation, la perte de son emploi et toutes les autres épreuves que traversent ceux qui restent en liberté.

C’est précisément pour cela que nous avons créé un site dédié, Freeales.fidh.net, en trois langues : nous voulons que le monde sache ce que la société civile subit en Bélarusse, que son combat difficile et courageux soit connu. Nous voulons aussi que les Bélarusses sachent que, aussi désespérée que puisse paraître leur situation, le monde ne reste pas les bras croisés. Des actions de solidarité sont conduites partout sur la planète, et des politiques, des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme font tout leur possible.

Nos armes — le Droit et la Parole — n’apportent pas toujours un succès immédiat. Mais ce sont les seuls garants d’un succès durable. Oui, Ales et les autres prisonniers n’ont toujours pas recouvré leur liberté, mais nous faisons et nous continuerons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour obtenir leur libération. La Fédération travaille dans le monde entier, et quand nous nous retournons sur le passé et voyons tous ceux que nous avons pu aider, nous constatons que nous avons pu apporter notre assistance à énormément de personnes. Le plus important, c’est de ne jamais baisser les bras.

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