Natalia Pinchuk, l’épouse d’Ales Bialiatski, parle d’elle-même, de son mari et de la situation au Bélarus

Natalia Pinchuk aurait voulu être médecin ou peintre, mais ses parents ont choisi pour elle un autre métier : celui de professeur d’histoire. Le pouvoir de son pays l’a condamnée à un destin d’épouse de prisonnier politique. Et sa propre conscience a fait d’elle une militante des droits humains. Invitée par la rédaction bélarusse de Radio Liberté, « Les stalkers de la liberté », l’activiste sociale Natalia Pinchuk — dont le mari, le directeur du Centre de défense des droits humains Viasna et vice-président de la FIDH Ales Bialiatski, est emprisonné depuis août 2011 — a parlé de sa vie et de sa vision de la situation de son pays.

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« J’ai été diplômée de l’Université de Gomel. Peu après mon mariage, j’ai commencé à enseigner l’histoire. J’ai vraiment aimé ce travail, il me fournissait beaucoup de satisfaction. J’aime travailler avec des élèves, des étudiants. C’est le type d’entourage qui me permet de me sentir à l’aise.

Je suis de nature quelqu’un de renfermé. Je ne connais pas beaucoup de gens, je n’ai pas un grand cercle d’amis. Mais la nouvelle situation a complètement transformé ma vie. En situation de stress, les gens sont capables d’accomplir des choses auxquelles ils n’avaient pas été préparés. Et de ce point de vue, je ne fais pas exception à la règle.

Je ne peux pas dire que je me sens à l’aise aujourd’hui. Non. J’aimerais revenir à mon passé paisible, parce que de toute façon je ne serai jamais à l’aise dans ce maelström d’événements. Pourtant, je suis dans une certaine mesure reconnaissante à la vie très active que je mène désormais, parce que cela m’a permis de supporter le stress lié à l’arrestation d’Ales. Comme je me suis retrouvée extrêmement occupée, je n’ai à aucun instant sombré dans le désarroi…

Il m’arrive de représenter mon mari dans les forums de défense des droits humains, de recevoir des récompenses ou de prononcer des discours en son nom. Le destin m’amène ainsi à évoquer des problèmes qui ne sont pas seulement liés directement à la situation d’Ales lui-même, des problèmes qui affectent les droits humains au sens large dans notre société.

Le fait que nous ayons des prisonniers politiques montre que notre société est malade. En tant que citoyenne de ce pays, je ne peux qu’être concernée par ces problèmes. Je ne me contente pas d’en discuter avec mes connaissances ; je dois porter la responsabilité de ce que je dis, parce que mes propos sont à présent répercutés auprès d’un auditoire assez large.

Ces derniers temps, je remarque que diverses personnes essayent de m’influencer. On me donne des conseils variés, on me demande de profiter des tribunes qui me sont offertes pour aborder telle ou telle question. Je m’en rends parfaitement compte et, chaque fois, je m’interroge : me demande-t-on de dire des choses indispensables à la société ou bien de répercuter les positions conjoncturelles de tel ou tel individu qui souhaite faire entendre ses propres idées — des idées qui ne correspondent pas à ma perception de la situation actuelle du Bélarus, voire contredisent complètement mes convictions ?

En règle générale, je dirais que nous avons ce que nous méritons. C’est lié à notre mentalité, à notre caractère national. Mais le caractère national est composé d’individus, et chacun d’entre eux sait qu’il peut se construire lui-même. De la même façon, chaque nation est capable de se construire elle-même.

Nos problèmes ne seront réglés que par le peuple bélarusse. Pas par l’Occident, pas par l’Amérique, même si nous comptons sur leur soutien. Les changements n’interviendront que quand les Bélarusses auront compris qu’eux seuls doivent les réaliser. Et je crois que, pour l’instant, mes compatriotes n’en ont pas encore pris conscience.

Il m’arrive d’employer une formule que certains considèrent blessante : je dis que, malheureusement, les Bélarusses ont une mentalité féminine. Ils cherchent toujours sur qui s’appuyer : tantôt sur l’Est, tantôt sur l’Ouest. Eh bien, je souhaite que les Bélarusses se considèrent comme un peuple indépendant, qu’ils comprennent qu’ils peuvent prendre leur destin en mains. Et alors, tout pourra changer.

Je pense que le problème est celui de la conscience collective des Bélarusses. Quand elle changera, l’État dans son ensemble changera aussi. »

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