Le Président de la FIDH : le combat pour les droits des homosexuels est comme le combat pour les droits des femmes il y a 100 ans

lahidji

Début décembre, la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH), l’organisation mondiale contre la torture (OMCT) et le centre de défense des droits de l’Homme Viasna ont soutenu l’action en faveur de la tolérance envers la communauté LGBT bélarusse « Gay Pride 2013 de Minsk ».

En amont de cette action, la rédaction bélarusse de Radio Liberté a évoqué avec le président de la Fédération internationale des droits de l’Homme, Karim Lahidji, les différents aspects du combat en faveur de l’égalité des droits pour les homosexuels.

RL : Beaucoup pensent que des actions, comme les marches des fiertés pour attirer la sympathie et les soutiens sont en fait contreproductives et ne font que renforcer l’homophobie. Et la société au Bélarus et dans la région en général est déjà suffisamment homophobe sans cela. Qu’avez-vous à répondre à cet argument ?

Lahidji : On a utilisé cet argument il y a 100 ans quand les femmes ont commencé à mener des actions de masse pour leurs droits. Ce combat pour les droits des femmes a amené différents groupes de la société à exprimer leur opinion à ce sujet. Certains se sont malheureusement prononcés tout à fait contre ces droits. La situation des homosexuels et leur combat aujourd’hui pour défendre leurs droits ressemblent beaucoup à la situation d’il  y a 100 ans avec les droits des femmes. Il faut discuter publiquement des questions concernant les droits des homosexuels. De tels débats suscitent bien sûr des oppositions et parfois des critiques acerbes mais ça fait partie du jeu, quand il s’agit de respecter la liberté d’expression. Chacun doit avoir le droit d’exprimer son point de vue de façon digne et pacifique. Néanmoins les discours violents et homophobes doivent être condamnés et punis juridiquement. La Fédération des droits de l’Homme condamne fermement la violence physique à l’encontre des LGBT – des militants comme Igor Tsikhanyuk et d’autres membres de l’association GayBelarus et contre les organisations bélarusses de l’Alliance Gay, début 2013.

RL : Dans quelle mesure le niveau de tolérance à l’égard des minorités témoigne-t-il du niveau de démocratie atteint par la société ?

Lahidji : Les deux sont liés. La démocratie vise à combiner la représentation politique, la souveraineté de la majorité et le respect des minorités. Les pays qui atteignent un degré élevé de démocratie sont cependant confrontés à des problèmes vis-à-vis des minorités. Des problèmes qui ne viennent pas des autorités mais de l’intolérance entre les gens. L’intolérance vis-à-vis de la communauté LGBT, la non-reconnaissance des droits de ses représentants sont l’un des derniers obstacles dans la construction des démocraties contemporaines.

RL : Les droits des homosexuels sont-ils des droits de l’Homme ?

Lahidji : Bien entendu. Tous doivent être défendus vis-à-vis des discriminations et des stéréotypes, notamment dans la réalisation de son orientation sexuelle et de son identité genrée.

Les institutions internationales ont acquis cette évolution. Il y a 7 ans, les experts des droits de l’Homme ont adopté les Principes de Jogjakarta, qui garantissent l’application des normes du droit international dans le domaine des droits de l’Homme vis-à-vis de l’orientation sexuelle et de l’identité genrée. Un autre exemple est la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme, qui a établi que les couples homosexuels en Grèce doivent avoir le droit de conclure des unions civiles.

RL : Au Bélarus, quelques membres connus de l’opposition démocratique se sont exprimés contre le mouvement pour les droits des homosexuels, et se déclarent parfois tout à fait hostiles à cette cause en se réclamant des « valeurs chrétiennes ». En même temps ces gens se battent courageusement contre le régime d’Alexandre Loukachenko et paient un prix élevé pour la défense de leurs idéaux. La communauté internationale de défense des droits de l’Homme les défend. C’est spécifique à la situation bélarusse ?

Lahidji : Toute injustice doit être combattue il n’y en a pas une qui est plus importante que l’autre. Elles sont toutes nécessaires : il est aussi important de condamner l’intolérance vis-à-vis des minorités que de condamner le régime du Président Loukachenko. La France par exemple a une longue histoire de lutte pour les droits de l’Homme. Elle a commencé en 1789 avec la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen mais les citoyens français ont attendu jusqu’à 1848 pour voir l’abolition de l’esclavage et jusqu’en 1944 pour que les femmes obtiennent le droit de vote et jusqu’en 2013 pour que les couples homosexuels puissent se marier. Les mentalités changent avec le temps mais chaque occasion pour promouvoir le respect des droits de l’Homme, la tolérance et la liberté d’expression est importante.

RL : Quel soutien des organisations comme la vôtre peuvent-elles donner à la communauté LGBT dans des pays comme le Bélarus ? Des discours ? Des faits ? De l’argent ? Comment votre organisation peut-être réagir quand au Bélarus on interdit à nouveau la tenue des actions en faveur de la tolérance à la communauté LBGT ? Est-ce que quelqu’un ou vous-même avez des leviers d’action sur cette situation, à part l’expression de votre indignation et de votre inquiétude ?

Lahidji : Notre fédération a des partenariats avec des organisations au Belarus et soutient leurs actions dans le cadre de la marche des fiertés à Minsk en 2013. Nous invitons régulièrement les organisations internationales, comme l’Organisation des Nations Unies, l’Union Européenne et la Cour Européenne des droits de l’Homme à défendre les droits des minorités. Comme les autorités n’entendent pas toujours les adresses directes et n’y réagissent pas toujours, nous essayons  d’avoir un influence sur elle via des tiers.

Karim Lahidji est iranien. Il a été condamné pour son activité d’avocat et de défenseur des droits de l’Homme sous le régime du Chah puis de l’ayatollah Khomeini. Il vit en France depuis 1982. Il est l’auteur de trois ouvrages sur le système politique et juridique iranien contemporain.

Pour plus d’information sur la défense des droits des LBGT, voir (en anglais) le rapport de la FIDH : Eastern Europe and Central Asia: The defence of LGBTI rights in jeopardy

Articles similaires

Mots clés:  

Laisser une réponse

Vous pouvez utilisez ces balises HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>