Le prisonnier politique Mikalai Autukhovich passe son anniversaire derrière les barres

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Le célèbre activiste civique, entrepreneur et vétéran de la guerre d’Afghanistan Mikalaï Autukhovich a aujourd’hui 51 ans. Une fois de plus, le détenu politique passe son anniversaire dans la prison N°1 de Grodno.

La première arrestation d’Autukhovich remonte à octobre 2005. Il avait alors été accusé de fraude fiscale et condamné à trois ans et demi d’emprisonnement. Il fut l’un des six prisonniers politiques libérés à la suite des lourdes sanctions mises en œuvre par les États-Unis et l’Union européenne.

Il a été arrêté une deuxième fois le 8 février 2009. En mai 2010, la Cour suprême du Bélarus l’a jugé coupable en vertu de la partie 3 de l’article 295 du Code pénal (actions illégales liées à des armes à feu, à des munitions ou à des explosifs) pour détention et transport de cinq balles de fusil à chasse. Il a été condamné à cinq ans et deux mois d’emprisonnement à régime sévère.

Les défenseurs des droits humains considèrent Autukhovich comme un prisonnier politique condamné à cause de ses activités civiques et de sa lutte contre la corruption. Ils soulignent en outre que son procès a été marqué par des infractions sérieuses à la procédure.

En janvier 2012, la Cour a durci les conditions de détention d’Autukhovich en le qualifiant de « contrevenant récidiviste au règlement ». Il a alors été transféré de la colonie N°5 d’Ivatsevichi (région de Brest) à la prison N°1 de Grodno. En prison, le détenu politique s’est vu proposer d’adresser une demande de grâce à Alexandre Loukachenko, mais il a refusé de le faire. « J’ai mes opinions. Je n’en ai jamais changé. Je n’ai jamais rien fait de négatif pour ma Patrie et pour mon peuple, je n’ai jamais violé la loi ; alors, pourquoi devrais-je demander une grâce ? », a-t-il écrit dans une lettre envoyée depuis la prison à l’un de ses camarades.

En septembre 2013, les défenseurs des droits humains ont annoncé, en s’appuyant sur le témoignage d’une source à l’intérieur de la prison de Grodno, que Nikolaï Autukhovich s’était ouvert le ventre avec une lame. Il avait de cette façon exprimé sa protestation contre les « traitements humiliants » dont il faisait l’objet de la part de l’administration de la prison, qui s’en prend à lui en permanence. Les défenseurs des droits humains estiment que l’administration a fait d’Autukhovich un « contrevenant récidiviste » de façon tout à fait délibérée, car ce statut permet de le condamner plus aisément aux termes de l’article 411 du Code pénal (désobéissance obstinée aux exigences de l’administration de l’établissement pénitentiaire) et de lui ajouter une peine supplémentaire, ou bien de le placer sous supervision préventive après sa libération.

Hier, 6 janvier, l’épouse de Mikalaï Autukhovich a pu rencontrer son mari à la prison de Grodno. Interrogée sur l’état du prisonnier politique et sur ses conditions de détention, Evena Autukhovich a répondu : « On le provoque. Il m’a dit qu’il avait eu des moments très difficiles. Mais il lui reste trois mois à passer en prison, on va tenir le coup. »

Peu avant, la mère d’Autukhovich, Lidia Yulianovna, a indiqué à Radio Svoboda avoir envoyé par la poste à son fils, à la mi-décembre, un colis de médicaments. Mais dans la dernière lettre qu’il a envoyée chez lui, Mikalaï a écrit n’avoir rien reçu. Elena Autukhovich a déclaré que lors de la visite qu’elle lui a rendue, son époux n’avait toujours pas reçu ce colis. De la même façon qu’il n’avait pas reçu d’enveloppes ; il n’a donc pas pu souhaiter la bonne année à ses amis, ce dont il s’excuse.

Lidia Yulianovna Avtukhovich s’inquiète beaucoup à l’idée que son fils reste sans médicaments : « Il a besoin de ces médicaments, mais on refuse de les lui remettre. Je suis extrêmement inquiète ! J’ai tout fait pour que ce colis lui soit envoyé aussi vite que possible. Le jour même où j’ai reçu sa lettre disant que je pouvais poster ce colis, j’ai acheté tous les médicaments en question, et je les ai envoyés dès le lendemain. Mais il ne les a toujours pas reçus, alors qu’on est entrés dans la nouvelle année… »

Pour plus de détails sur les conditions de détention des prisonniers politiques au Bélarus, voir le rapport rédigé par la FIDH et le Centre de défense des droits humains Viasna : Situation des prisonniers politiques critique, liberté de 33 activistes limitée.

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