Ales Bialiatski au Parlement européen : Je n’ai pas été libéré sans raison

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Le 2 juillet, l’ancien prisonnier politique et directeur du Centre de défense des droits humains Viasna a eu à Strasbourg une entrevue avec Martin Schulz, qui vient d’être réélu au poste de président du Parlement européen, ainsi qu’avec le commissaire européen à l’Élargissement et à la Politique de voisinage Stefan Füle, le secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjorn Jagland et la présidente de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe Anne Brasseur.

Le défenseur des droits humains bélarusse a tenu une conférence de presse au Parlement européen. Le site de Radio Liberté rapporte les propos d’Ales Bialiatski :

« Le Conseil de l’Europe possède des exigences fondamentales, et nous y attachons nous aussi la plus grande importance. Ces exigences concernent l’abolition de la peine de mort ou la proclamation d’un moratoire sur les exécutions. Elles portent également sur la libération des prisonniers politiques et l’organisation d’élections honnêtes. Selon moi, les autorités du Bélarus sont incapables, à l’heure actuelle, de se plier à ces injonctions. Mais il faut bien comprendre que je n’ai pas été libéré sans raison. Si les autorités bélarusses m’ont libéré, c’est sans doute qu’elles désirent améliorer leurs relations avec l’UE. Cette volonté est notamment liée à la situation géopolitique actuelle dans notre région. L’Union économique que le Bélarus a signée avec la Russie et le Kazakhstan a nettement rapproché le Bélarus de la Russie ; or le président Loukachenko veut disposer d’une marge de manœuvre. D’autant plus que les événements d’Ukraine ont rendu les responsables du Bélarus très méfiants envers leur voisin de l’est. Et cette volonté, ou cette nécessité, d’améliorer les rapports de Minsk avec l’UE, cette nécessité de « se doter d’une deuxième aile », force le président Loukachenko à faire des concessions.

Mais il est difficile de savoir jusqu’où il est prêt à aller dans ces concessions. Nous avons déjà connu une période semblable. C’était entre 2008 et 2010. Mais ensuite, cet adoucissement a brutalement pris fin. Aujourd’hui, il convient de garder la tête froide et de ne pas tomber dans l’euphorie et croire que la libération de Bialiatski constituerait à elle seule une mesure positive très significative. La vérité, c’est qu’il y a encore des prisonniers politiques, que la machine de répression fonctionne toujours, que les droits politiques, civiques et sociaux restent limités. Il faut continuer de suivre de très près la situation au Bélarus et n’accepter des échanges au plus haut niveau avec ses dirigeants qu’à la condition que ceux-ci prennent des décisions concrètes visant à améliorer la situation globale des droits de l’homme dans le pays.

Nous ne souhaitons certainement pas l’ »azerbaïdjanisation » du Bélarus. Nous estimons que l’aide économique que sollicite le régime de Loukachenko doit être directement liée à une aide à la société civile bélarusse. Ces aspects doivent être corrélés l’un à l’autre de façon indissoluble. Sinon, nous aurons une situation où l’on commerce avec un pays autoritaire, où l’amélioration de la situation économique n’entraîne absolument pas le développement des libertés politiques et civiques, et où le régime profite de ce commerce pour se renforcer et accroître ses moyens de répression. »

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Photos : European Parliament Audiovisuel service for media

Voir la vidéo de la rencontre d’Ales Bialiatski avec le commissaire européen à l’Élargissement et à la Politique de voisinage Stefan Füle :

Vidéo: European commission audiovisual service

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