Viasna et la FIDH présentent leur rapport sur les violations des droits humains au Bélarus

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Le 24 septembre, à Varsovie, à l’occasion de la réunion sur la mise en œuvre de la dimension humaine de l’OSCE, les dirigeants du Centre des droits humains Viasna — le président du Centre et ancien prisonnier politique Ales Bialiatski, le vice-président Valiantsin Stefanovich et le coordinateur de la campagne « Les défenseurs des droits de l’homme contre la peine de mort » Andrej Paluda — ont présenté leur rapport sur la situation des droits de l’homme au Bélarus.

Lors de la réunion sur les « violations flagrantes des droits politiques, économiques et sociaux au Bélarus » organisée par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme et le Centre pour les droits de l’homme Viasna, les défenseurs des droits humains ont déploré que « du fait de la situation en Ukraine, ainsi que de la détérioration de la situation des droits humains en Russie, la communauté internationale accorde actuellement moins d’attention au Bélarus ».

La discussion a porté sur l’incarcération préventive des activistes, les violations du droit du travail et le travail forcé au Bélarus, ainsi que sur le problème de la peine de mort. Valiantsin Stefanovich a présenté des rapports intitulés « Violation totale du droit du travail et travail forcé au Bélarus » et « Détention préventive arbitraire d’activistes au Bélarus ». Il juge qu’aucun changement positif n’est en cours dans le pays, que la situation politique est gelée et que la situation des médias s’est encore détériorée.

« La répression pénale de l’opposition et les détentions préventives sont les deux faces du même problème. Elles sont exclusivement fondées sur l’appartenance des personnes visées à telle ou telle structure de l’opposition. Les détentions préventives sont personnalisées : il ne fait aucun doute que la police sait par avance qui elle doit interpeller. Par exemple, nous avons été confrontés à des détentions préventives avant et pendant le championnat du monde de hockey sur glace. Non seulement les représentants des groupes d’opposition ont été préventivement arrêtés, mais une campagne visant à « nettoyer » la ville des « éléments anti-sociaux » et des prostituées a également été mise en œuvre.

Les autorités ont commencé à avoir recours à la détention préventive à la veille de l’élection des chefs de l’opposition effectuée dans l’optique de la présidentielle de 2006. 236 activistes avaient alors été arrêtés. Ces détentions sont juridiquement infondées. Aucune assistance judiciaire n’est fournie aux personnes arrêtées et aucune information concernant leur détention n’est communiquée à leurs proches. Quant aux accusations pénales, elles reposent exclusivement sur les témoignages des officiers de police », a-t-il déclaré.

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Les défenseurs des droits humains ont également abordé le problème du travail obligatoire et discuté du système de contrat — un outil qui permet de faire pression sur chaque personne dans le pays. Selon eux, chaque famille bélarusse compte dans ses rangs au moins une personne qui a été confrontée au problème du travail obligatoire ou au problème du non-renouvellement des contrats de travail de court terme, pour avoir manifesté la moindre forme de protestation contre le système existant, ou pour avoir été soupçonnée de proximité avec une structure de l’opposition. De plus, les familles des salariés sont sous pression : les conjoints des personnes qui se trouvent dans le collimateur du régime perdent leur emploi, leurs enfants se voient privés de la possibilité de poursuivre leurs études.

Exemples de travail obligatoire : le ramassage des détritus, les stages forcés pour les étudiants, le travail des « personnes contraintes » dans les dispensaires médicaux de travail.

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Andrej Paluda a déclaré que « la peine de mort est un secret bien gardé. L’État fusille des citoyens chaque année dans le centre de Minsk, dans la prison de la rue Valadarskaha. Nous pensons que depuis l’indépendance du Bélarus, environ 400 personnes ont été exécutées ; mais nous ne pouvons pas dire combien exactement, car ces chiffres sont cachés. »

Ales Bialiatski a dit que ces rapports avaient été préparés pendant qu’il était en prison, et a noté que lui-même avait été personnellement concerné par le travail forcé alors qu’il se trouvait derrière les barreaux.

« En mai, mon salaire pour une semaine de travail de six jours pendant sept heures par jour a été de 3,5 dollars, dont 2,5 dollars ont été reversés à l’administration de la prison pour les frais de chauffage, d’eau et ainsi de suite. Avec un tel salaire de misère, les « personnes contraintes » contractent des dettes qui ne cessent de grandir ; or le fait d’avoir des dettes leur interdit de bénéficier de l’amnistie. C’est un cercle vicieux, une situation désespérée », a jugé l’ancien prisonnier politique.

Ales Bialiatski compare le régime de Loukachenko à une arme à feu qui est accrochée au mur et peut tirer à tout moment, et rappelle le contexte des élections de 2010. À la veille de ce scrutin, il y eut aussi une sorte de « dégel » dans les relations avec l’Occident, comme c’est le cas maintenant. Il estime que la peine de mort est « le principal marqueur de l’état de l’humanité », considère que la libération des prisonniers politiques devrait être une condition préalable formulée à l’égard du régime biélorusse par la communauté internationale, et estime que la vague de détentions préventives ayant précédé le Championnat du monde de hockey constitue un signe très inquiétant à l’approche des élections en 2015.

« La situation en Ukraine a un effet extrêmement négatif sur la situation qui entoure le Bélarus, et il est d’autant plus important pour nous de continuer de défendre les droits humains au Bélarus », a-t-il martelé.

Il convient de mentionner que la Réunion sur la mise en œuvre de la dimension humaine de l’OSCE se tient à Varsovie du 22 septembre au 3 octobre.

Photo : Charter97.org

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