LA SOCIÉTÉ CIVILE MENACÉE

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La vague de répression qui a suivi l’élection présidentielle du 19 décembre 2010 a provoqué une détérioration tragique des droits de l’homme et des libertés civiles et politiques au Bélarus.

 

19 décembre 2010 : le jour où les espoirs de démocratisation se sont effondrés

Plus de sept cents personnes ont été arrêtées à Minsk le 19 décembre et jugées par la suite. Les protestataires ont été battus au moment de leur arrestation et enfermés dans les cellules surpeuplées des prisons du ministère de l’Intérieur. Plusieurs dizaines de personnes ont été incarcérées à la maison d’arrêt du KGB et inculpées de « troubles à l’ordre public ». Pendant les premiers jours suivant l’élection, sept candidats à la présidentielle ont été emprisonnés, comme le précise le rapport de la FIDH.

Les très nombreuses interpellations et arrestations ont été marquées par un usage aveugle de la force, des interrogatoires musclés et des procédures judiciaires violant la loi bélarusse et les standards internationaux. Des accusations pénales fabriquées de toutes pièces et décidées dans un contexte de contrôle absolu du pouvoir exécutif sur le système judiciaire ont été suivies par d’innombrables perquisitions et interrogatoires et par une campagne médiatique visant à calomnier et à intimider les activistes politiques et les militants des droits civils.

L’ampleur, la durée et la portée des répressions démontrent que ce phénomène ne relève pas d’une simple opération de répression, mais d’un net changement de cap politique : si depuis dix ans, l’autoritarisme était de plus en plus visible, le Bélarus — un pays situé, faut-il le rappeler, en plein cœur de l’Europe — est en passe de se retrouver complètement isolé sur la scène internationale.

  Vadim Zamirovskij  Zurnalisty pod udarami dubinok    Elections présidentielles au Bélarus

Après l’élection, trente-huit opposants politiques, dont sept candidats à la présidence, ont été jugés pour organisation et participation à des troubles massifs de l’ordre public. La plupart d’entre eux avaient été arrêtés le 19 et le 20 décembre. Quelques mois plus tard, certains ont été libérés sous caution, avec l’interdiction de quitter la ville ou assignés à domicile ; d’autres, après avoir été condamnés, ont été graciés après plusieurs mois de détention dans des conditions humiliantes et inhumaines.

Terminons-en. Cette démocratie insensée va prendre fin

Cette prédiction, prononcée par le président Loukachenko, ou plus précisément cet ordre direct, a rapidement porté ses fruits. Elle fut suivie non seulement par une vague de répressions, mais aussi par une attaque en règle et à grande échelle contre la société civile.

 

L’hiver amer n’est pas terminé

C’est toute la société civile du Bélarus qui a été violemment prise pour cible depuis le 19 décembre 2010. Le régime du président Loukachenko s’est déchaîné contre les activistes politiques, les journalistes, les avocats, les défenseurs des droits de l’homme, les syndicalistes et les militants de tous bords qui se battent pour la dignité et les droits humains.

Actuellement, onze individus que nous avons identifiés comme étant des prisonniers politiques font régulièrement l’objet de diverses sanctions qui dégradent significativement leurs conditions de détention déjà précaires : ces punitions restreignent leurs moyens de subsistance et affectent la qualité de leur nourriture et de l’assistance médicale à laquelle ils ont accès. Privés des visites de leurs proches, ces prisonniers voient leurs droits à la correspondance limités. Ils sont soumis à des pressions constantes visant à les inciter à adresser des demandes de grâce aux autorités. Ces épreuves psychologiques qu’ils doivent traverser aggravent leurs problèmes physiques. Cette situation permet de qualifier leurs conditions de détention de traitements inhumains et dégradants.

Nous sommes coupables; le gouvernement en tout premier lieu de ce qui s’est passé. A la veille de l’élection présidentielle, nous nous étions tellement démocratisés que vous et moi en avions la nausée. Il y avait tant de démocratie que nous avions envie de vomir,

Président Alexandre Loukachenko, dans un discours au Parlement et au peuple bélarusse le 21 avril 2011.

Comme le souligne le rapport de la FIDH et du centre «Viasna», plusieurs douzaines de citoyens bélarusses emprisonnés font actuellement l’objet de restrictions sévères faisant suite à des poursuites pénales engagées pour des motifs politiques. Les condamnations de vingt-cinq prisonniers politiques graciés ou libérés de façon anticipée en 2011 et 2012 n’ont pas été annulées. Cela les prive de nombreux droits civils et politiques, notamment du droit de se présenter à des élections ou d’occuper un emploi dans la fonction publique. Leurs noms demeurent sur des listes de « personnes à surveiller de façon préventive » établies par les organes judiciaires. Par conséquent, ils peuvent régulièrement subir des visites de la police. S’ils sont accusés de délits administratifs trois fois en l’espace d’un an, ils risquent de faire l’objet d’une « supervision préventive ». Une telle supervision implique des restrictions plus importantes, et rend possibles des enquêtes criminelles répétées visant ces personnes, et même une privation de liberté. En 2012, trois personnes ont été placées sous supervision préventive par les organes judiciaires, sur la base de condamnations administratives liées à leurs activités civiques. Cela signifie qu’elles doivent rester chez elles la nuit, qu’il leur est interdit de quitter leur ville de résidence sans la permission des autorités, et qu’elles sont frappées par diverses interdictions limitant leur liberté, notamment leur liberté à se rendre dans certains espaces publics.

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